In the mood of land (2015-2018)

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« In the mood of land » est un projet photographique mené pendant trois ans par Laurent Guyonvarch en Amérique latine et plus particulièrement en Équateur, Brésil, Mexique, Panama et Pérou. C’est avec un regard introspectif qu’il tente de décrypter l’humeur si particulière de ces territoires et de ses habitants tout en croisant cette thématique avec sa propre histoire intime.

Au final, les deux lignes conductrices se mélangent. Humbles, sans fioriture, dignes, les portraits montrent ont une proximité troublante avec nous qui les observons. Ils se dévoilent crûment, et montrant une immobilité, un désespoir qui ne peut que nous toucher. Comme l’humeur d’une lisière ou d’un pays toutes les humeurs du coeur émergent de ces paysages ou de ces portraits qui chacun sont les protagonistes d’une histoire intime qui ne dit pas son nom.  

Finalement, le sentiment qui ressort de « In the mood of land » c’est celui de la peine. Peine dans le sens de la douleur qui vacille entre l’espoir fou et l’amertume. D’autres fotos paraissent énigmatiques. On peut y voir une sorte de magicien devant un feu de braise, une voiture figée dans le temps ou un corps entrant dans une eau confuse.

On dirait que ces photographies conservent un secret au-delà de ce qui peut être exprimé. Il y a cependant un mouvement qui est envisagé, une direction qui est prise. Et si on pouvait la nommer on dirait que c’est une expérience.

Dans « In the mood of land » l’expérience est étroitement liée au changement. Tout se meut, tout change et comme le disait justement Héclarite on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. La peine vient donc de ce changement. Le temps est irrémédiable, le corps et les humeurs peuvent changer d’un instant à l’autre. Ce qui était désiré peut être détesté, ce qui était attirant demeure maintenant dans l’indifférence. 

On comprend alors que certaines photographies représentent comme un choc, une incertitude face à ces changements impossibles à décrypter. Une photographie par exemple représente le portrait de la vierge Marie dans un décor de catastrophe. Cette image a été prise suite au tremblement de terre de 2016 en Equateur qui a fait des centaines de morts. L’humeur de la terre peut donc être imprévisible et destructrice. D’où une sorte de fatalisme qui ressort d' »In the mood of land ». 

Pour autant, le sentiment de vie et de force est également représenté. Il prend alors la forme du désir. Deux talons qui dépassent d’un lit, un buste de femme posé devant nous telle une statue grecque, des enfants qui courent dans les champs le visage illuminé par l’orage. Il y a également une fureur de vivre qui s’exprime à travers ces images. 

Hamlet, dans une pièce de théâtre éponyme disait: « l’essentiel c’est d’être prêt ». Il semble dans dans « In the mood of land » ce soit le message qui préfigure autant la façon d’être d’un continent comme l’Amérique latine que la complexité des sentiments face à laquelle nous sommes confrontés dans ces photographies.