CRISIS (2015)

 

Il y a des moments flottants dans la vie. De ceux qui nous laissent désarçonnés, comme dans l’impossibilité d’avancer plus loin, autant surpris par l’avancée des heures que par le désespoir de ne pas être tout à fait, entiers et magnanimes, prêts à prendre n’importe quel chemin ardent.

Toi, tu n’as trouvé que le moyen de saisir cet élément troublant de ta confusion. Les jours qui passaient consolidaient la crise, la perte totale de ton identité, et pour tout dire, la difficulté à choisir, à assumer pleinement sa liberté.

Les autoportraits croisés aux photographies d’inconnus posant calmement dans un horizon ouvert et sans limite te permettaient de comprendre combien, insidieusement et en progressant, l’idée d’une perturbation et d’un manque te sont venus à l’esprit.

Peut-être la peur de disparaître était-elle trop forte à ce moment-là. Et la crise, la confusion sur ta volonté de décider, ont eu pour effet de ralentir toute tentative de s’établir dans une image définitive de soi-même.

C’est plutôt l’image brouillée, tremblée qui a persistée, comme sous la menace de sa propre destruction. Dans le défilement ininterrompu de la mémoire, la nuit incurvée de son film magnétique, il s’agissait de trouver une autre fuite de lumière.

Il s’agissait de garder la capacité de ressentir, avec un battement primaire, une émotion brute qui puisse transfigurer la réalité.