LA-BAS, LES TROPIQUES - MAURICE (2012)

 

Nous avons tous notre vision des Tropiques. Images rêvées, fantasmées, d'un monde mis entre parenthèse, où la paresse serait à même de côtoyer la détente de l'esprit et du corps. Nous rêvons d'une île, et pour concrétiser ce souhait, nous avons découpé notre temps en un quotidien occupé par les tensions, l'agitation, la profusion d'objectifs que l'on se donne à soi-même. Nous nous privons, pour quelques jours de calme presque inespérés, tant désirés, où l'on se donne enfin la permission de ne rien faire, et -peut-être- de redevenir soi-même. Nos vies sont schizophréniques. Nous vivons de l'attente, et nous oublions d'être disponible dans le présent.
J'ai imaginé les tropiques autrement. Je les ai conviés à la perte de nos repères, à l'adoucissement de nos raideurs et de nos certitudes face au réel. A ce réel non plus seulement perçu mais vécu pleinement et physiquement. Le corps pourrait alors se détendre, le geste trouver de l'ampleur et la conscience s'étendre autour du paysage sans pour autant vouloir à tout prix le délimiter. Nous pourrions réapprendre à respirer, à réinterpréter le monde sans à priori. Comme on expérimente en soi chaque jour le voyage.
Bien que la marche vers ce pays lointain paraît interminable, il faut avoir encore le courage de se perdre en chemin.