FAILLES (2012-2014)

 

Le moment est immobile, et il flotte dans l'air comme un silence inhabituel. Les bruits de chaque jour, les occupations quotidiennes sont devenus plus indistincts maintenant.

Pause entre deux tensions ou fil tendu, ténu lui-même qui, l'instant d'après, risque de se rompre. Pause avec le regard tourné sur soi, qui n'exprime que sa présence, le fil conducteur du passé vers l'avenir, l'enracinement à la terre. Chaque chose, chaque regard croisé en devient émouvant, fraternel et comme connecté aux autres. Le geste s'est arrêté dans son envol. Il a oublié chemin faisant la raison pour laquelle il a commencé à se déployer, tiré par l'appel au monde.

Ne reste qu'un sentiment de trouble et de vulnérabilité. Un étonnement confus de se sentir exister en reprenant souffle, d'une respiration ample et profonde. Ce moment éprouvé, vécu, est aussi, on le sait, celui de la perte. La perte présente et future de ce qui nous manque. Une présence fuyante que l'on aimerait combler et qui nous échappe une fois encore.

C'est ce sentiment-là qui nous ramène à une solitude douce et amère, et nous traverse par toutes nos failles, nos ébréchures, nos cicatrices.