O CARIBE - COLOMBIE (2012)

 

Nous avons mis près de six heures en bus pour arriver à Cabo de la Vela, petite bourgade de la péninsule de la Guarija, à l’extrême nord de la Colombie. Il n’y avait qu’un hôtel dans le centre qui était complet. Nous avons donc dû nous replier vers une chambre rudimentaire que nous a proposée une famille d’indiens Wayuu. Nous étions enfin arrivés. Tout autour de nous c’était le désert, son âpreté et son silence. L’après-midi touchait à sa fin et une brise légère effleurait nos visages. Devant nous le paysage trouvait un équilibre fragile entre les montagnes au loin, le sable brun et la mer qui semblait flotter en dessous du ciel, une mer de nulle part, sans commencement ni fin.


Notre première soirée semblait irréelle. Il n’y avait pas de lieu où se restaurer. Juste un vendeur de galettes fourrées que l’on appelle ici arepa qui semblait être enraciné là, au bord de la plage, de puis des années. Nous nous sommes assis sur une chaise face à l’océan. Un metis et un indien étaient assis de la même façon à nos côtés. Personne ne parlait. La parole se trouvait ailleurs, dans l’effluve du vent et le balancement monotone des vagues. Il y avait aussi une voix intérieure qui nous disait que l’expérience devait avoir lieu ici. En nous dépouillant de notre confort, de nos stratégies sans fin pour éviter de se confronter à soi-même. Pour ne pas se changer. Nus. Sans repères. Cédant à l’impuissance face au désert.


C’est peut-être ce que nous cherchions. C’est peut-être ce que nous avions toujours recherché. Nous n’avons pas d’intimité avec les gens d’ici – et ce serait la même chose ailleurs. Nous ne la souhaitons même pas. La photographie nous révèle à ce que nous sommes. A cet endroit, elle se veut âpre pour ne garder de ceux qu’elle regarde que leur présence. Ce qui nous heurte, nous confond de douleur ou nous apprend à aimer. Nous avons fait autant de kilomètres pour découvrir cela. Paradoxalement, c’est cette distance qui nous rapproche du vide. Du sens de la marche lorsque nous nous aventurons dans le désert.


L’un des fils de la famille Wayuu nous amène en moto pour nous faire découvrir des plages isolées d’un bleu marine profond qui tranche avec la couleur fauve du sable. Nous sommes allés nous baigner mais nous ne sommes pas restés longtemps. Ici la mer est dangereuse. Les rouleaux sont puissants et peuvent vous blesser si vous n’y prenez garde. L’indien qui nous a accompagné nous regarde au loin. Il croit dans le pouvoir de la nature. Il connait chaque pierre et chaque recoin du désert. Pour lui, ici nous ne sommes pas souverains. Nous n’avons pas plus de valeur que l’arbuste dénudé et que chaque grain de sable sur lequel nous dévalons.